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Une lettre, une lune
Chaque mois, une lettre personnelle de Johanna, fondatrice de Yoni Temple — un article, une pratique, une plante ou un rituel selon la lune, et un peu de son propre chemin. Voici l'archive, à lire ici sans avoir besoin d'être abonnée.
Où en est la lune aujourd'hui ?
Lettre lunaire n°1
Le territoire que je croyais connaître
Chère Reine,
Je m'appelle Johanna et, il y a environ trois ans, je suis tombée sur un petit réel publié par une praticienne.
Elle y montrait une baguette de Yoni.
Je n'en avais jamais entendu parler. Je n'en avais jamais vu. Je ne savais même pas qu'un tel objet existait.
Ma première réaction a été un mélange de fascination et d'appréhension.
J'ai trouvé cette baguette magnifique. Il y avait déjà, dans sa forme et dans la manière dont elle était présentée, quelque chose qui me paraissait sacré. Mais elle était aussi impressionnante : longue, dure, bien plus imposante que ce que j'aurais spontanément imaginé introduire à l'intérieur de mon corps.
Une partie de moi se demandait : Mais qu'est-ce que c'est que ça ?
Et une autre avait très envie de le découvrir.
Depuis, chaque fois que j'ai montré une baguette de Yoni à des amies, j'ai retrouvé ce même étonnement dans leur regard. Certaines n'osaient ni la toucher ni même vraiment la regarder, parce qu'elles savaient que je l'avais utilisée — même si elle était évidemment parfaitement nettoyée. D'autres acceptaient de la prendre en main, d'en sentir le poids et la matière, avant de me demander presque immédiatement :
Tu mets vraiment ça à l'intérieur de toi ? Tu ne te fais pas mal ?
Non, parce que je suis celle qui la tient. C'est moi qui décide du mouvement, de la profondeur et de la pression.
Mais leur réaction disait quelque chose. Elle parlait de la peur, de la gêne et de tous les tabous qui entourent encore notre sexe. Moi-même, je pouvais me sentir embarrassée au moment de leur proposer de regarder ou de toucher cet objet. Pourtant, j'en avais envie. J'avais envie qu'elles puissent comprendre ce dont je parlais autrement qu'avec des mots.
J'avais essayé, quelques années auparavant, de porter un œuf de Yoni. Mais je l'avais simplement gardé pendant la journée, sans pratique particulière et sans véritable conscience de ce que je faisais. Cela ne m'avait pas apporté grand-chose.
Cette baguette éveillait autre chose en moi.
Je m'en suis donc procuré une.
Je me souviens encore de son arrivée. Elle était déposée dans un joli coffret en carton, accompagnée d'une pochette et d'un petit mot de la créatrice. Rien que le fait d'ouvrir ce coffret avait déjà quelque chose d'un rituel.
Ma première baguette était en verre, en forme de serpent, avec une courbe en S. Je l'ai trouvée absolument magnifique. Impressionnante, toujours, mais magnifique.
À cette période de ma vie, j'étais séparée depuis plusieurs années du père de mes enfants. J'avais vécu avec lui de mes quinze à mes trente-huit ans. Après vingt-trois années de relation, je n'étais restée célibataire que sept mois avant de rencontrer l'homme qui est aujourd'hui mon mari.
J'ai donc été très peu seule dans ma vie. Je n'ai pas connu une longue période de liberté sexuelle ni multiplié les expériences.
Mon mari actuel est un homme doux, lent et présent dans la sexualité. C'était déjà très différent de ce que j'avais connu auparavant. Mais lui non plus ne connaissait ni le tantra ni toutes les approches que nous avons commencé à découvrir depuis. Cette autre manière de vivre la sexualité, nous l'explorons encore ensemble.
J'avais pourtant toujours considéré que j'avais une sexualité épanouie.
J'avais découvert la masturbation et l'orgasme très jeune. Plus tard, j'avais également connu l'orgasme avec certains de mes partenaires. Je me pensais plutôt chanceuse. Pour moi, tout allait bien de ce côté-là.
Et pourtant, je connaissais si peu mon propre corps.
Enfant, avant même de savoir réellement ce qu'était un orgasme, je l'imaginais comme une immense vague d'énergie capable de traverser tout le corps et de nous emporter dans une forme d'extase.
Puis, vers onze ou douze ans, j'ai connu mon premier orgasme.
Je ne le recherchais pas vraiment. J'avais remarqué que me toucher était agréable et je l'avais fait plusieurs fois, simplement pour retrouver cette sensation. Un jour, je suis allée un peu plus loin que d'habitude et l'orgasme est arrivé.
J'ai senti des contractions à l'intérieur de mon ventre, à des endroits que je ne savais pas encore situer, puis le relâchement d'une tension.
Et j'ai été déçue.
Je me suis demandé pourquoi le monde semblait tourner autour de cela. Pourquoi les gens se trompaient, se déchiraient ou se quittaient pour la sexualité. Pourquoi tant de drames, si un orgasme n'était finalement que cela.
Cette déception ne m'a pas empêchée de recommencer les jours suivants. J'ai fini, bien sûr, par beaucoup apprécier la pratique.
Mais l'orgasme que j'avais imaginé enfant — cette vague d'énergie traversant tout mon corps — je ne l'ai véritablement découvert que bien plus tard.
Aujourd'hui, je connais ces vagues. Elles peuvent accompagner les contractions, circuler dans le corps et ouvrir un espace beaucoup plus vaste. C'est délicieux. C'est parfois bouleversant. Et c'est exactement ce que la petite fille que j'étais avait pressenti sans pouvoir l'expliquer.
Avec ma première baguette, j'ai donc commencé à explorer ce territoire que je croyais connaître.
Je l'ai fait seule, en autodidacte. Les formations qui existaient étaient trop coûteuses pour moi à l'époque. Alors j'ai lu des livres, regardé des masterclass gratuites, écouté différentes praticiennes et cherché les informations là où je pouvais les trouver.
L'un des premiers apprentissages a été celui du consentement de ma propre Yoni.
C'était complètement nouveau.
Nous apprenons parfois à nous demander si nous avons envie d'une relation sexuelle. Mais nous demandons rarement directement à notre sexe s'il est prêt. Même en couple, nous pouvons avoir mentalement envie d'un moment intime sans prendre le temps de sentir si notre corps, lui, est réellement ouvert à la pénétration.
Je pouvais avoir tout prévu : être seule à la maison, disposer de temps, avoir préparé mon espace et décidé que ce serait le bon moment.
Et ma Yoni pouvait me répondre : Non. Pas maintenant.
Ce refus ne prenait pas nécessairement la forme d'une douleur ou d'une contraction brutale. Je le sentais, simplement. Comme je sens aujourd'hui mon sang menstruel avant qu'il ne s'écoule. Mon corps n'était pas ouvert. Il n'était pas prêt à accueillir cette pénétration et n'avait aucune envie de s'ouvrir dans la seconde simplement parce que mon mental avait décidé que le moment était idéal.
Au début, cela pouvait être frustrant.
Mais si ma Yoni disait non, je faisais autre chose. Ce ne serait pas pour aujourd'hui.
Progressivement, j'ai compris quelque chose qui me paraît maintenant essentiel : nous ignorons notre sexe pendant une grande partie de notre vie.
Nous le regardons peu. Nous le touchons rarement sans rien lui demander. Nous ne lui apportons pas nécessairement de douceur, d'amour ou d'attention. Nous parlons encore souvent de lui comme de quelque chose de sale, de gênant ou de honteux.
Et pourtant, dès que nous avons besoin de lui, nous exigeons qu'il soit immédiatement disponible et performant.
L'homme devrait avoir une érection. La femme devrait être lubrifiée, ouverte, réceptive et, si possible, jouir. Tout cela au bon moment, presque sur commande.
Ces explorations m'ont appris à porter de l'attention à mon sexe en dehors des moments où j'attendais quelque chose de lui.
Elles m'ont appris à écouter son oui, mais surtout son non.
À comprendre que je pouvais désirer quelque chose mentalement sans que mon corps le désire au même instant. Et que la partie de moi qui serait réellement engagée dans cette expérience avait, elle aussi, le droit de choisir.
Pendant les premiers mois, ma baguette ne pouvait entrer qu'à l'entrée de mon vagin.
C'était comme si mon corps me disait : Tu peux venir jusqu'ici. Tu peux découvrir cet endroit. Mais je ne te permets pas encore d'aller plus loin.
Il m'a fallu des mois pour progresser doucement vers le fond.
Je n'ai pas forcé cette ouverture. Elle s'est faite petit à petit, au fil de la confiance et de l'écoute.
J'ai alors découvert des endroits presque complètement insensibles et d'autres extrêmement tendus. Certaines de ces tensions se sont progressivement dénouées. Des sensations sont apparues là où je ne percevais presque rien auparavant.
Mais tout n'est pas devenu lisse, ouvert et parfaitement détendu.
Encore aujourd'hui, certaines tensions reviennent. Je les ressens comme les tensions que l'on peut avoir dans le dos : on les masse, elles se relâchent, puis notre histoire, notre quotidien ou nos blessures peuvent les faire réapparaître.
Nous portons nos expériences. Nous portons parfois aussi des histoires qui semblent plus anciennes que nous, familiales ou transgénérationnelles. Mon corps continue d'évoluer à mesure que je lui apporte de la présence.
Je ne considère donc pas cette exploration comme un travail que l'on termine un jour définitivement. Pour moi, elle ressemble davantage à une relation que l'on entretient.
Cette découverte a profondément transformé ma définition d'une sexualité épanouie.
J'ai compris que connaître l'orgasme ne signifiait pas nécessairement connaître son corps.
J'ai découvert que la sexualité ne devait pas forcément suivre un script. Qu'elle pouvait s'étirer dans le temps. Qu'il était possible de faire l'amour avec soi-même sans chercher immédiatement à atteindre un résultat. Qu'un moment intime pouvait être fait de respiration, d'écoute, d'attente, de mouvement, d'énergie et parfois même d'un refus respecté.
Ce que je découvrais seule a naturellement commencé à transformer aussi ma sexualité dans le couple.
Puis j'ai découvert le flux libre instinctif.
Cela a été une autre révélation.
J'avais toujours détesté mes règles. Le sang coulait dans un tampon sans que je ressente véritablement le moment où il quittait mon corps. Avec une culotte menstruelle, je pouvais au moins sentir son écoulement à la sortie, mais cela restait quelque chose qui semblait simplement m'arriver.
Avec le flux libre instinctif, j'ai découvert que mon corps pouvait m'informer.
Je ne ressens pas forcément le sang lorsqu'il est encore à l'intérieur de mon vagin. En revanche, je sens lorsqu'il arrive à la sortie. Et surtout, je peux sentir que le moment est venu d'aller aux toilettes pour le laisser s'écouler.
C'est difficile à expliquer autrement : mon corps me parle.
Le simple fait de poser une intention, d'être présente et d'écouter a complètement transformé mon expérience des menstruations. Mon corps semblait avoir compris l'information : D'accord, nous allons fonctionner comme cela maintenant.
J'ai commencé par ne plus détester mes règles.
Puis j'ai commencé à les aimer.
Et j'ai fini par les adorer.
À mesure que j'avançais, je découvrais des pratiques, des femmes, des recherches et des manières d'habiter mon corps dont je n'avais jusque-là jamais entendu parler.
J'ai commencé à raconter mes découvertes autour de moi — suffisamment pour que mes amies m'offrent une nouvelle baguette de Yoni lors de mon enterrement de vie de jeune fille. Le message était manifestement bien passé.
Mais toutes les femmes autour de moi n'étaient pas intéressées.
Certaines ne voulaient pas voir. D'autres ne posaient pas de questions. Peut-être qu'une femme sur dix souhaitait vraiment approfondir la conversation. L'une de mes amies, plus ouverte sur la sexualité, me demande encore de lui partager mes découvertes et les pratiques que je rencontre. Avec elle, ces échanges sont passionnants.
J'aurais pu en conclure que cela n'intéressait presque personne.
Mais je savais que ce n'était pas vrai.
Je voyais des centaines de femmes assister à des sommets et à des masterclass consacrés au corps, au cycle, au plaisir ou au féminin. Elles n'étaient simplement pas toujours présentes dans mon entourage immédiat.
J'avais déjà connu ce décalage lorsque j'avais choisi d'accoucher à la maison. Autour de moi, presque tout le monde considérait ce choix comme extrêmement dangereux. Peu de personnes cherchaient réellement à comprendre mon expérience. Heureusement, j'avais trouvé un groupe de femmes ayant elles aussi accouché à domicile. Nous pouvions y parler de nos parcours, de nos familles, de nos rapports avec le monde médical et nous soutenir.
Ce n'est pas parce que nous sommes peu nombreuses autour d'une même table que nous sommes peu nombreuses en France ou dans le monde.
À un moment, j'ai participé à une masterclass pour devenir formatrice.
Mon cœur a immédiatement réagi : Il faut que tu fasses ça. Il faut que tu partages tout cela.
Puis une autre partie de moi a répondu : Mais tu le sais : tu n'es pas enseignante.
Et je le savais.
Je n'aime pas coacher les gens. Je ne me reconnais pas dans la position de celle qui sait face à celle qui apprend. Cette forme de hiérarchie ne me correspond pas.
J'ai ressenti de la frustration, parce que je savais désormais avec certitude que je voulais œuvrer dans l'univers du féminin sacré, mais je ne savais pas encore comment.
Devenir formatrice n'était pas ma voie. Ce n'était pas ma porte.
Puis j'ai compris.
Je ne voulais pas devenir celle qui enseigne aux femmes quoi faire.
Je voulais créer le lieu que j'aurais aimé trouver.
J'avais mis un temps fou à découvrir toutes ces pratiques. Les informations étaient disséminées dans des livres, des masterclass, des sites qui n'avaient rien à voir les uns avec les autres et parmi des centaines de publications sur les réseaux sociaux.
Il fallait d'abord entendre, presque par hasard, le nom d'une pratique pour savoir qu'elle existait.
Trois années après le début de ces recherches, je continue encore à faire de nouvelles découvertes. Il y a une semaine à peine, je découvrais le yoni steam.
Pourquoi fallait-il chercher si longtemps ?
Pourquoi les informations sur l'anatomie, les pathologies, le cycle, le plaisir, les pratiques corporelles et le féminin sacré n'étaient-elles pas réunies quelque part ?
Pourquoi fallait-il connaître une praticienne parlant des œufs de Yoni pour découvrir cette pratique, puis en trouver une autre parlant du flux libre instinctif, une autre encore du tantra, du mouvement, du bassin ou des bains de vapeur intime ?
C'est là que l'idée de Yoni Temple est née.
Je suis une créatrice.
Alors plutôt que d'enseigner, j'allais créer un support. Un lieu où les femmes pourraient découvrir des pratiques dont elles ignoraient parfois jusqu'au nom. Un espace où elles pourraient revenir dès qu'une question apparaîtrait, trouver des informations sur leur corps et rencontrer les praticiennes qui pourraient les accompagner.
Une sorte de grande porte d'entrée vers tous ces univers.
Si Yoni Temple avait existé lorsque j'ai découvert ma première baguette, j'aurais probablement avancé beaucoup plus rapidement. J'aurais évité des heures de recherches. Je n'aurais pas eu besoin de retrouver, au milieu de mon fil Instagram, la praticienne qui avait évoqué un sujet plusieurs semaines auparavant.
J'aurais eu un lieu auquel revenir.
C'est ce lieu que je veux aujourd'hui mettre entre tes mains.
Non pas pour te dire ce que tu dois pratiquer. Non pas pour t'imposer une manière de vivre ton corps, ta sexualité ou ta féminité.
Mais pour que tu puisses savoir ce qui existe.
Pour que tu puisses suivre ce qui éveille ta curiosité, laisser de côté ce qui ne te correspond pas et avancer à ton propre rythme.
Yoni Temple est né de toutes ces découvertes, mais aussi de tout ce que j'aurais aimé trouver lorsque j'ai commencé.
Un espace où la connaissance médicale puisse rencontrer le vécu du corps, le somatique, l'énergétique et le sacré.
Un espace où l'on puisse apprendre à regarder, écouter et habiter ce territoire intime que nous croyons parfois connaître simplement parce que nous vivons avec lui depuis toujours.
Un espace pour réapprendre à se reconnecter à son corps, son temple — et expérimenter sa liberté, sa puissance et sa divinité intérieure.
Je suis profondément heureuse de t'y accueillir dès cette première lettre.
Et peut-être qu'un mot, une pratique ou une histoire rencontrée ici ouvrira pour toi, comme cette première baguette en verre en forme de serpent l'a fait pour moi, la porte d'un territoire que tu ne savais pas encore pouvoir explorer.
Si cette lettre résonne en toi, tu peux bien sûr me répondre. J'adorerais te lire, connaître ton expérience, tes interrogations ou les découvertes qui ont transformé ton propre rapport au corps.
Tu peux aussi me parler d'une pratique, d'une approche ou d'une personne que je ne connaîtrais pas encore. Yoni Temple a vocation à continuer de grandir et de s'enrichir, à condition que les pratiques partagées soient respectueuses du corps, du consentement et de la sécurité de chacune.
Je ne pourrai probablement jamais tout découvrir seule — et je crois justement que ce lieu n'a pas à se construire seul.
Nous pouvons mettre nos expériences et nos connaissances en commun, chacune apportant une pierre à cet édifice, pour que d'autres femmes trouvent plus facilement ce que nous avons parfois mis des années à rencontrer.
Merci d'être là, dès ce tout premier numéro.
Avec tout mon cœur,
Johanna
Fondatrice de Yoni Temple
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