Rendre visible ce que la langue efface
Les mots que nous utilisons participent à la manière dont nous imaginons le monde, les autres et notre propre place. Pour Yoni Temple, l'écriture inclusive est une manière de rendre les femmes visibles, d'ouvrir des possibles et de permettre à chacun·e de se sentir nommé·e.
Dans la dimension spirituelle de ce site, nous croyons que la pensée est créatrice : ce que nous imaginons peut orienter nos choix et nos actions. C'est une conviction de Yoni Temple — distincte des recherches en psycholinguistique évoquées plus loin, qui portent, elles, sur les représentations mentales.
Pourquoi les mots comptent
Les mots ne servent pas seulement à décrire le monde : ils participent aux images que nous nous en faisons. Les personnes que nous imaginons derrière un métier, une fonction ou un savoir influencent aussi la place que nous pensons pouvoir y prendre.
Nommer une chercheuse, une autrice, une chirurgienne ou une cheffe, c'est rendre leur présence familière. Pour une petite fille, rencontrer ces mots peut contribuer à reconnaître que ces chemins lui sont ouverts, à elle aussi. Choisir des mots qui donnent une place aux femmes participe à cette ouverture : dans nos récits, dans nos représentations et dans nos vies.
Des travaux de psycholinguistique — notamment ceux du chercheur Pascal Gygax (Université de Fribourg) et de ses collègues, réunis dans l'ouvrage Le cerveau pense-t-il au masculin ? (2021) — montrent que le masculin dit générique a tendance à favoriser des représentations mentales masculines, et que des formulations explicitement féminines et masculines peuvent élargir les représentations des métiers chez les enfants. Cela ne signifie pas que la langue détermine, à elle seule, nos ambitions ou nos choix de vie : elle est une influence parmi d'autres.
Bien plus qu'un point
Contrairement à une idée reçue, l'écriture inclusive ne se résume pas au point médian. Elle regroupe en réalité plusieurs outils, que l'on peut utiliser séparément ou ensemble :
Une règle apprise tôt
Cette règle s'apprend dès l'école, le plus souvent sous cette formulation même. Beaucoup la retiennent sans jamais la questionner, comme une évidence grammaticale neutre. Pourtant, entendue pendant l'enfance, cette phrase peut résonner au-delà de la grammaire : elle peut se lire comme une petite leçon de hiérarchie, où un genre doit « l'emporter » pour que l'ensemble soit nommé.
Ce que cherche Yoni Temple, ce n'est pas de renverser cette hiérarchie, mais de s'en affranchir : trouver une langue dans laquelle personne n'a besoin de « l'emporter » pour être visible.
Avant que le masculin ne s'impose progressivement, le français connaissait aussi un autre usage, parmi d'autres : la règle de proximité, qui consistait à accorder l'adjectif avec le nom le plus proche plutôt qu'avec l'ensemble du groupe. On disait ainsi « les femmes et les hommes sont beaux », mais aussi « les hommes et les femmes sont belles ». Ronsard l'employait naturellement dès le XVIe siècle, et Racine s'en servait encore dans Athalie en 1691 — bien après que le grammairien Vaugelas eut défendu, en 1647, l'idée d'une hiérarchie entre les genres grammaticaux. Depuis les années 2010, plusieurs linguistes redécouvrent cette règle et plaident pour sa réintégration, comme piste alternative au point médian.
Une incohérence parlante
Certains titres féminisés sont entrés sans difficulté dans l'usage — « maîtresse d'école » ne choque plus personne — tandis que d'autres, comme « maîtresse de conférences » ou « directrice de thèse », restent parfois évités ou débattus selon les personnes et les institutions, alors qu'il s'agit pourtant d'appellations employées dans l'enseignement supérieur. Cette différence peut inviter à se demander si la féminisation est acceptée plus facilement pour certains métiers que pour d'autres.
Débat en cours
L'écriture inclusive reste un sujet débattu, y compris parmi les linguistes. Certain·es, comme Laélia Véron, la défendent activement comme un outil de justice linguistique. D'autres, comme Danièle Manesse, reconnaissent le problème de fond — l'invisibilisation des femmes dans la langue — tout en questionnant si changer les règles d'écriture est la bonne réponse, notamment pour des raisons de lisibilité et d'apprentissage.
L'Académie française a, de son côté, exprimé des réserves sur certaines évolutions récentes de l'orthographe, notamment le point médian — sans que cela signifie une opposition de principe à la féminisation des noms de métiers, qu'elle a elle-même progressivement intégrée à ses propres recommandations depuis 2019. La féminisation des métiers et le débat sur le point médian restent ainsi deux questions distinctes, même si elles sont souvent mêlées dans la discussion publique.
Notre approche
Il ne s'agit pas ici de nourrir un camp contre un autre, mais de comprendre d'où vient une convention linguistique que l'on tient souvent pour neutre ou naturelle, alors qu'elle résulte d'un choix historique daté. Savoir cela permet de choisir ses mots en conscience — pas de les imposer aux autres.
Les conventions utilisées par Yoni Temple
Sur ce site, tu croiseras régulièrement des mots comme praticien·nes ou expert·es — l'usage du point médian, pour refléter naturellement les deux genres sans choisir l'un au détriment de l'autre. Nous privilégions une tournure plus fluide ou une formulation collective — chacun·e, l'équipe — lorsque l'accumulation d'accords rendrait une phrase trop lourde ; la visibilité des femmes reste cependant essentielle à cette page, et nous ne remplaçons pas systématiquement les mots féminins par des termes neutres.
Yoni Temple s'adresse principalement aux femmes et emploie souvent le féminin pour parler à ses lectrices. Ce choix éditorial n'enferme pas l'accès au site : les personnes trans et non binaires qui se reconnaissent dans les sujets abordés y sont également les bienvenues. Selon les pages, nous parlons d'une expérience, d'une identité ou d'une réalité anatomique précise, sans les confondre.